Vernissage de l'exposition KENDÉ ZONGA - SOUL POWER KONGO

  Exposition Soul Power Kongo 2017 à L’IFC Pointe-Noire

Quand le noir se dissipe sous le coup de la lumière ; quand la lumière efface le noir ; quand ces deux couleurs cohabitent pour jongler avec des antonymes : joie – tristesse, bonheur – malheur, rire – pleurs…, l’artiste donne pour ne demander en retour que de l’émotion et de la prise de conscience. Douze tableaux et une installation pour dire mille choses : dénoncer, encourager, montrer le chemin que l’on a choisi, celui que l’on propose à l’autre. Le coup de pinceau exceptionnel de Christian BAdibanga est une voix noble parmi tant d’autres. Dès son jeune âge, attiré par le beau, il se rapproche de son oncle sculpteur pour apprendre à façonner des formes. Cette passion l’éloigne peu à peu de sa vie scolaire. Son goût pour la nature s’aiguise. Il s’adonne à la peinture figurative. Mais l’art faisant bon ménage avec l’instruction, il entre à l’académie des beaux arts de Kinshasa d’où, trois ans plus tard, il ressort avec le diplôme graduat en 2008.  C’est alors qu’il s’engage dans une carrière pleine de réalisations, de promesses et d’expressivité.

Peintre néo expressionniste abstrait, dans ses ouvrages Badibanga fait usage de la récupération, de l’acrylique, de la peinture à l’huile et du café. Il a exposé ses œuvres dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe. Christian Badibanga  est influencé par le quotidien de son être et de celui d’autrui. Il en arrive à pleurer sans sombrer dans le pessimisme. Il s’intéresse au mouvement rétrograde de l’homme. « Nous avançons à reculons, dit-il. » Par cette assertion, il hurle son mécontentement de voir stagner ou pire, régresser le continent noir. Kendé Zonga ainsi fait un intitulé convenable à cette exposition. Des pieds partent ; des pieds reviennent ; des pieds se confondent, s’entrelacent, se désunissent… Des pieds par-ci ; des pieds par-là. La marche ne s’interrompt pas ; tourner en rond ou flancher ne résoudrait rien. L’artiste en a pleinement conscience.

Le travail de Badibanga est un art militant au sens le plus noble du terme. Quand son inspiration flirte avec la réalité, c’est à ce moment-là que son imagination embrasse l’abstraction. Kendé Zonga est une histoire, un quotidien, un avenir. En contemplant cette œuvre, on pense irrésistiblement aux cycles de la vie, conflit – réconciliation, tyrannie – démocratie... La satire de cette peinture pousse à réfléchir sur les sévices que vivent les populations de la plupart des pays africains. De l’esclavage à la colonisation, de la colonisation à l’indépendance, de l’indépendance au néo colonialisme, la grande marche n’est pas, en réalité, évolutive. Kendé Zonga relance le débat de l’identité africaine. « Que faire pour que ceux qui sont partis reviennent ? », se questionne l’artiste. « L’homme appartient-il à la terre qui l’a vu naître ou à celle de ses ancêtres ? », poursuit-il en laissant s’exprimer la modestie et la puissance en même temps de ses toiles. Badibanga interpelle la diaspora africaine. Il la convie à la même réflexion. Il s’adresse aussi à la jeunesse qui brave la méditerranée. Il l’invite à ne pas céder au complexe d’infériorité. En outre, en mémoire des âmes perdues, un dispositif de vieilles sandales est installé pour marquer leurs empreintes inoubliables.

Kendé Zonga est une exposition prélude à la quatrième édition du festival Soul Power Kongo

 

Gilles DOUTA